Le mythe de l'entrepreneur



Apport de la Sociodynamique pour comprendre l'entrepreneuriat et dénoncer le mythe du héros
La chimère, animal terrifiant, symbole des idées impossibles
ATTENTION: la révélation des grands mythes est une action irréversible ! 

A ne lire que si vous comprenez les risques associés à la connaissance !


Andrew Corbett (que je viens de découvrir) a publié cette semaine un article dans la Harvard Business Review: The Myth of the Intrapreneur.

Vous imaginez qu'avec le titre de mon blog, je me suis senti concerné par le sujet. La chimère est en effet un animal mythique qui symbolise les idées impossibles.

Voici donc un petit décodage de quelques mythes de l'entrepreneuriat et/ou de l'intrapreneuriat. Je vous épargne les fondements théoriques, les plus motivés pourront retrouver quelques références en bas de l'article.

Evidemment, Andrew n'utilise pas le mot mythe dans le sens de récit fabuleux qui symbolise les forces de la nature, mais comme fausse image qu'il faut combattre.

En l'espèce, il dénonce l'image de l'intrapreneur héros rebelle créatif qui casse les règles et qui navigue à contre-courant dans les grands groupes.

En cela, il rejoint Philippe Silberzahn qui dénonce 5 mythes de l'entrepreneurs:
- les entrepreneurs sont des héros
- les entrepreneurs aiment le risque
- les entrepreneurs sont des visionnaires
- les entrepreneurs sont experts en prévision
- les entrepreneurs réussissent seuls

Je vous renvoie à son blog pour plus de détail.

Là où Philippe et Andrew divergent largement, c'est que Philippe propose de remplacer les mythes par les principes de l'effectuation (pour ceux qui n'ont pas suivi, c'est faire un repas en fonction de ce qu'on a déjà dans le frigo). Andrew, lui, propose en huit points une démarche top down qui repose essentiellement sur la structure (gouvernance, process, KPI, ...).

Et là, je suis obligé d'alerter que processer l'innovation relève de l'oxymore. Reliser "Vive l'innovation libérée" pour en savoir plus.

Mais ce que je trouve particulièrement intéressant, c'est que Philippe et Andrew se rejoignent sur l'existence d'un mythe du héros (qu'ils dénoncent). Parce que le héros, c'est le représentant symbolique de l'humanité tout entière. Parce que le héros par son combat peut nous sauver tous. Parce que nous sommes en danger. Vous retrouverez quelques mises en perspective dans  Entreprendre dans un grand groupe ? C'est risqué !

Récapitulons:
- Philippe promeut la force des projets individuels => c'est le foisonnement des situations nouvelles
- Andrew pense que l'innovation nécessite de la gouvernance => c'est la nécessité d'un socle de fonctionnement
- De mon point de vue, les Hacktivateurs, c'est en grande partie une communauté de pratique réunie autour de valeurs => c'est la force de l'élan communautaire

Pour compléter le blason sociodynamique de la performance (L'élan sociodynamique de Jean-Christian Fauvet, page 346), il nous manque "la chance que constitue le jeu d'équipe".

La Sociodynamique pour décrypter l'entrepreneuriat et dénoncer le mythe du héros
Types d'organisation (Blog ISlean)

Ce type d'organisation qualifiée d'holomorphe par la sociodynamique (Frédéric Laloux dirait opale, Isaac Getz dirait Entreprise Libérée) est justement celle que propose Seed Up, initiatrice du mouvement des Hacker House en France et qui proposait une soirée porte-ouverte la semaine dernière. Est-ce là l'avenir de l'innovation ?

Ma conclusion (temporaire):
- il faut se méfier des approches réductrices. Si vous n'êtes pas familier avec la pensée d'Edgar Morin, n'hésitez pas à suivre son MOOC sur Coursera - L'avenir de la décision, connaitre et agir en complexité.
- Suivant en ceci les principes de la sociodynamique, je propose d'identifier les différents leviers (structure, flux, valeur, sans oublier le management partagé) pour initier un changement réaliste et durable.

Pour que la mise en place d'innovation participative, d'intrapreneuriat et d'accélérateur de startup ne restent pas à l'étape de chimères, je préconise donc
- d'intégrer l'apport de la déviance dans l'organisation globale,
- de respecter les complexités, de multiplier les allers-retours entre la théorie et la pratique
- et surtout de prendre les modèles pour ce qu'ils sont: un support temporaire à la pensée.
Il faut donc savoir utiliser le modèle adapté et éviter tout inversion qui soumettrait le projet au modèle dominant.

A ce stade de l'article, je pense que j'ai rempli l'objectif d'apport de connaissance, mais vous êtes probablement largement sur votre faim en terme de révélation.

Alors voilà la révélation (toujours Edgar Morin): "Qui augmente sa connaissance augmente son ignorance". Evidemment, vous n'allez pas accepter que je m'en tire avec une telle pirouette donc voici quelques propositions de lecture pour les plus motivés:

  • Jean-Christian Fauvet – L’élan sociodynamique 
  • George Lakoff – Les métaphores dans la vie quotidienne
  • Edgar Morin – La connaissance de la connaissance
  • Paul Diel - Le symbolisme dans la mythologie grecque 

Note: mes excuses à Philipe Silberzahn et Andrew Corbett pour la liberté que j'ai prise de les appeler familièrement par leurs prénoms ;-)

Commentaires

  1. Que de bonne lectures. Merci pour le partage. C'est un peu tranché de dire que l'approche effectuale poussée par Philippe est individualiste. Sans répondre à sa place je pense que la logique de socialisation, que l'effectuation décrit, va plus dans le sens d'une démarche Holomorphe ou tribale. Sur la question de la gouvernance, dans le cas d'un intrapreneur qui applique une logique effectuale, elle existe dans un programme officiel et aussi sans programme officiel par l'allocation de ressource. Attention ce n'est que mon point de vue. J'adore tes recommandations et tes références Morinienes. Un grand merci pour cette pensée partagée!

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  2. Fabrice, merci pour ton commentaire et pour tes encouragements. La pensée de Jean-Chrstian Fauvet est très riche. J'ai très (trop) simplifié en prenant un diagramme qui indique une case nommée individualiste. En réalité, JC Fauvet utilise le même diagramme pour indiquer un principe de multiplicité, de l'action baroque, de l'action concrète et de la réactivité, ... Donc, selon moi, le patchwork fou reste dans une logique du cadrant en bas à droite. Par ailleurs, au delà de la démarche effectuale, Philippe Silberzahn avec des post comme "votre entreprise a-t-elle besoin d'une raison d'être", "transformation, la vision, c'est l'opium des organisations", "innovation et transformation, la méthode c'est vous" me semble relever plutôt de ce même cadran dans les critères de JC Fauvet. Après, si un intrapreneur s'appuie sur un programme officiel, alors je suis d'accord qu'il y a du mécaniste à l'action et peut-être du tribal si c'est un moyen de réaffirmer la mission de l'entreprise. Tout ça est naturellement simplifié à la serpe, donc à ta dispo pour en discuter.

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  3. très intéressant, et très riche... ! je vais aller découvrir le reste du blog, qui m'a l'air passionnant. à très bientôt !

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